Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Temps de lecture : 8'42"

 

Chaque collectionneur a ses préférences, ses thèmes de prédilection, ses objets de collection fétiches.

Chaque collectionneur a son Moby Dick, son cachalot blanc chassé sans relâche.

La pièce maîtresse qui parachèvera l'œuvre.

Et le numismate ne fait pas exception à la règle.

Le prix n’a souvent aucune importance. La valeur de la collection est dans les yeux du collectionneur et pas forcément dans la valeur intrinsèque des objets qui la composent.

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Tenez, pour ma part, j’ai une grande tendresse pour les monnaies de nécessité. Je les trouve fascinantes de par leur rareté, leur diversité et leur dimension historique. Celle qu’on regarde par le petit bout de la lorgnette, témoignage de la vie quotidienne d’une époque, au plus près de l’humain. Cette valeur toute personnelle que j’y trouve ne se retrouve toutefois pas dans leur prix, souvent modéré.

Pour autant, d’autres pièces de collection peuvent avoir une cote (très) élevée et avoir également la cote auprès des collectionneurs. Qu’elles soient billets, médailles, monnaies de tous les âges et de tous les continents, ou même le si récent euro, elles atteignent alors des prix parfois conséquents et feront probablement le bonheur prochain d’un collectionneur.

L’occasion de mettre en lumière quelques-unes de ces pièces maîtresses nous est ainsi donnée avec ce premier article.

Voici cinq merveilles du monde à découvrir sans tarder pour rêver et - qui sait - à ajouter prochainement à sa toujours incomplète collection.

 

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Ficher son billet

(sans qu’il reste sur le carreau... d'arbalète)

100 francs suisses “Guillaume Tell” (Specimen)

  • Catégorie : Billets de collection
  • Pays émetteur : Suisse
  • 7.000 €

 

Le papier monnaie peut parfois atteindre des cotes inégalées et faire friser d’envie l'œil du billetophile. C’est le cas de ce spécimen de 100 francs suisses “Guillaume Tell”.

Mis en circulation par la Banque Nationale Suisse en 1918, il sera retiré de la circulation en 1925. Il est de nos jours très rare et on ne connaît que quelques exemplaires de son spécimen (présenté ici).

Pour les néophytes du billet, un spécimen est un billet numéroté en 0 délivré aux banques centrales afin de servir de comparaison lorsqu’il s’agit de détecter les faux billets.

En brun et en bleu, ce billet présente un portrait du héros national suisse Guillaume Tell au recto, et au verso le massif de la Jungfrau (Alpes suisses). Il a été créé par le graphiste Balzer et imprimé par Orell Füssli, une maison d’impression suisse fondée en 1519. Le billet est en outre perforé de six étoiles et la mention SPECIMEN est imprimée en capitales rouges au recto.

Ce rare exemplaire à l’effigie du talentueux arbalétrier suisse ne manquera pas sa cible chez les collectionneurs éclairés (helvètes ou pas) et a été évalué à 7 000 euros.

Suisse 100 Francs type Guillaume Tell

SPECIMEN

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Voyager sur l'impériale

Médaille d’or de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg

  • Catégorie : Médailles de collection
  • Pays émetteur : Russie
  • 33.000 €

Une véritable curiosité que cette pièce de collection là.

L’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg (Russie) fut fondée en 1757 par Ivan Shuvalov et Alexander Kokorinov et dissoute en 1918.

Au sein de l’Académie, le concours de la Grande Médaille d’Or récompense alors les meilleurs diplômés avec l’octroi d’une généreuse bourse de pensionnaire de trois à six ans (selon les époques) qui leur permet généralement de compléter leurs études avec des voyages à l’étranger.

Pour y prétendre, les concurrents doivent exécuter une commande créative avec thème imposé. Quatre-vingt-douze lauréats de la Grande Médaille d’Or ont été répertoriés.

La divine médaille en or présentée ici a été gravée par le réputé Outkine et pèse près de 45 grammes.

Cette étonnante, rarissime et splendide médaille a été évaluée à 33 000 euros.

Russie Médaille

Russian academy of St. Petersburg, Extremely rare, SUP, Or

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Toucher le pactole

Statère de Lydie (Crésus)

  • Catégorie : Monnaies antiques de collection
  • Pays émetteur : Royaume de Lydie
  • 25.000 €

 

Ici, non seulement nous sommes face à une monnaie très rare mais également très ancienne. A vrai dire, comme nous vous le contions ici, les lydiens sont même à l’origine des toutes premières monnaies antiques grecques.

La capitale de la Lydie est Sardes (αἱ Σάρδεις), sur le célèbre fleuve Pactole. Le royaume se trouve en Asie Mineure (actuelle Turquie). Et le richissime et flamboyant Crésus sera son dernier roi.

En effet, suite à une incompréhension des prophéties des oracles il se lancera dans une lutte acharnée contre les Perses… qui se terminera par une sévère défaite face à son adversaire, Cyrus.

Crésus, qui régna de 561 à 546 avt. J.C., est également à l’origine de certaines réformes monétaires importantes. Il remplaça ainsi l'électrum par de l’or fin pour le métal des pièces de monnaies. Il fit également correspondre son étalon or à celui des grecs et son étalon argent à celui des babyloniens. Ainsi, il fit de la monnaie lydienne une monnaie de transaction entre les cités égéennes et celles de la Haute-Asie.

Ici, cet ancien et magnifique statère lydien est donc en or, frappé dans la capitale, et présente des protomés (partie antérieure d’un animal) de lion et de taureau à l’avers. Au revers, l’habituel double carré lydien.

Cette très rare et ancienne splendeur antique a été évaluée à 25 000 euros.

Monnaie Lydie

Kroisos, Statère, 553-539 BC, Sardes, SUP, Or

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

L'erreur est humaine

1 euro allemand de 2004 fauté

  • Catégorie : Euro de collection
  • Pays émetteur : Allemagne
  • 2.200 €

 

Vous pourriez vous dire que cette monnaie moderne dépare un peu au milieu de tous ces trésors luxueux… Voyons celle-ci comme une petite douceur agréable et surprenante entre les plats de résistance (on n’osera pas la qualification de trou normand pour une monnaie allemande).

Toutefois, malgré le fait que cette monnaie européenne somme toute courante soit d’un coût d’achat fort raisonnable - hors émissions spéciales pour les collectionneurs - il en est quelques-unes qui peuvent vite monter en prix : ce sont les fautées.

En effet, comme disait un romain inconnu sans Arc de Triomphe “Errare humanum est…” (non, ce n’est pas de Sénèque). On peut ne pas se réjouir du malheur d’autrui mais toutefois apprécier l’acquisition d’une pièce rare et originale.

Karlsruhe défaillit du coin en 2004 et nous offre une monnaie sans coeur, mais pas sans caractère.

Cette jolie fantaisie du destin, extrêmement rare, est ainsi évaluée à 1 200 euros.

Allemagne 1 Euro

2004, error 1 cent core, SPL, Bi-Metallic

Notons qu’en 2002, c’est à Hambourg qu’on fauta. L’atelier respecta en effet le centre de la pièce de monnaie mais dépassa un brin des bords au coloriage.

Allemagne 1 Euro

2002, error cud coin, TTB+, Bi-Metallic

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Charger l'Histoire

Escudo de Sao-Tomé

  • Catégorie : Monnaie de collection
  • Pays émetteur : Portugal
  • 115.000 €

 

Et nous terminons ce premier chapitre avec une rarissime monnaie en or, portant avec elle un lourd passé, historiquement entaché par la traite des esclaves qui se pratiquait alors allègrement sur l’île de Sao-Tomé (Saint Thomas).

L’île est inhabitée lorsque les navigateurs portugais João de Santarém et Pedro Escobar posent le pied pour la première fois sur cette île de l’Atlantique proche des cotes africaines, en décembre de l’an 1471 (le jour… de la Saint Thomas).

Le Portugal, en pleine expansion coloniale (c’est la grande époque des navigateurs et de leur figure de proue - mot choisi - Vasco de Gama), tâche alors d’y développer la culture de la canne à sucre.

En raison de sa difficulté à trouver des colons prêts à s’y installer, on constate par ailleurs de la part du Portugal une politique moins “dure” à l’égard des esclaves. Beaucoup sont peu à peu affranchis. Au début du XVIème siècle, on encourage même les unions entre blancs et noirs. Ce qui n’empêche pas l’île de rester une plaque tournante du commerce négrier qui envoie ainsi sa honteuse cargaison aux Amériques. L’esclavage ne sera aboli sur l’archipel que 400 ans plus tard, en 1876.

Mais revenons toutefois un peu en arrière, à notre monnaie. Lorsque celle-ci est frappée, à Sao Tomé, nous sommes au XVIème siècle et Jean III le Pieux (Joao III) règne sur le Portugal.

Son titre complet ne laisse aucune place à la modestie :

Roi de Portugal et des Algarves, de chaque côté de la mer en Afrique, duc de Guinée et de la conquête, de la navigation et du commerce d'Éthiopie, d'Arabie, de Perse et d'Inde par la grâce de dieu.

A son actif également, l’institution du régime de l’Inquisition qui n’a rien à envier à son homologue espagnol quant à son extrémisme.

Reste, témoin de cette époque troublée de l’Histoire, cet escudo en or de Sao Tomé qui pèse près de 10 grammes (9,54 précisément).

On ne connaît à ce jour que 4 exemplaires seulement de cette monnaie rarissime qui a été évaluée à 115 000 euros.

Monnaie Portugal

Joao III, Escudo de Sao Tomé, 1521-1557, Sao Tomé

Ainsi se conclut ce premier recueil de merveilles numismatiques.

Peut-être vous aura-t-il inspiré, et à coup sûr, nous l’espérons, vous aura-t-il fait voyager.

Cinq merveilleuses merveilles du monde (Série #1)

Bonus

L'indispensable et l'ordinaire

Librairie Herluison, 2 Francs, Orléans

  • Catégorie : Billets de nécessité de collection
  • Pays émetteur : France
  • 750 €

 

Et avant de partir, un petit bonus tout personnel puisque j’évoquais en introduction de cet article les monnaies de nécessité. Je me permets donc de partager avec vous ce billet de nécessité français. II fut émis en France, dans la ville d’Orléans, par la librairie Herluison, en l’année troublée de 1870.

La librairie est alors tenue par Henri Herluison qui l’a héritée de son père en 1858. Spécialiste du livre ancien, il est également éditeur et fait d'ailleurs paraître en 1871 : “Les murailles d'Orléans pendant l'occupation prussienne 1870-1871”.

Il faut dire qu’il les aura vu de près, les prussiens.

Extrêmement rare, ce billet de 2 francs est le numéro 19 d’une série de seulement 100 exemplaires.

Il a été évalué à 750 euros.

Librairie Herluison 2 Francs

Orléans

Remerciements : Nicolas Michel, expert chez NumisCorner.com


ICONOGRAPHIE

  • "Storm-Tossed Frigate" par Thomas Chambers (XIXème siècle)
  • "Le collectionneur d'impressions" par Honoré Daumier (entre 1852 et 1868)
  • "Guillaume Tell - No. 11 Nobles (figurants de la danse)" par Hipollyte Lecomte (vers 1829)
  • "Portrait de Nikolay Ivanovich Murashko" par Ilya Repin (1882)
  • "La plaine Lydienne près de Sardes, Asie Mineure (Turquie)" par Harald Jerichau (1878)
  • "Ancien Hôtel des Monnaies de Berlin" par Carl Daniel Freydanck (1840)
  • "São Tomé das Letras" par Nicola Antonio Facchinetti (1876)
  • "Les dernières cartouches" par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville (1873)

SOURCES

Sélection publiée le 18/06/2021